32e Colloque Francophone d'Ornithologie (2008) - Bibliothèque Nationale de France - Paris

 

Résumés des communications

Réintroduire ou ne pas réintroduire ? Telle est la question !

Bertrand ELIOTOUT

Les opérations de réintroductions d'espèces animales divisent parfois les milieux naturalistes.

Les "pour" présentent ces actions comme des mesures s'inscrivant dans une logique de conservation, qui ne doit pas exister pour ce qu'elle est, mais au contraire s'inscrire dans une large gamme de préconisations. Les "contre" y opposent des notions d'éthique, soulignent des aspects historiques et biogéographiques mal pris en compte, voire des problèmes de coût. Entre les deux, des compromis existent, permettant de mener des opérations souvent exemplaires.

Petit tour d'horizon des opérations menées en France et en Europe sur les espèces d'oiseaux : retour d'expériences et pistes à creuser pour mieux intégrer les réintroductions d'oiseaux comme un véritable outil de protection de la biodiversité.

Espèces invasives: le cas des Psittacidés à Bruxelles.
Incidences, évaluation des risques et panel de mesures.

Anne WEISERBS

Aves-Natagora, Département Etudes, Programme de Surveillance de l'Etat de l'Environnement Bruxellois

Les espèces invasives soulèvent maintes questions quant à leur incidence sur l'environnement. Une convention avec les pouvoirs régionaux (Bruxelles Environnement - IBGE) a été définie en 2008 dans le contexte particulier d'une nécessité de faire le point sur l'état des populations de Psittacidés en Région de Bruxelles-Capitale, les incidences actuelles et potentielles de ces espèces et les possibilités d'actions pour limiter ces incidences.

Trois Psittacidés ont établi des populations férales à Bruxelles : la Perruche alexandre (Psittacula eupatria), la Perruche à collier (Psittacula krameri) et la Conure veuve (Myiopsitta monachus).

L'évaluation des impacts intègre les points suivants : potentialités d'envahissement, dégâts aux cultures, impact sur la végétation, compétition avec la faune indigène, vecteur et transmission de pathologies, impact du nourrissage par le public, incidences des dortoirs pour les deux Psittacula et impact des nids communautaires (chute, dégâts aux infrastructures) pour la Conure.

L'évaluation des risques repose sur la mise en application de deux protocoles : le « UK non-native organism risk assessment scheme (Version 3.3, Dated 28.2.2005) », qui prend en compte les aspects écologiques et socio-économiques, ainsi que le « Guidelines for environmental impact assessment and list classification of non-native organisms in Belgium » de l'ISEIA (version 2.5), qui se focalise sur les risques pour la biodiversité. Les deux protocoles conduisent aux mêmes conclusions d'un risque global faible pour la Conure et faible à modéré pour les Perruches alexandre et à collier.

Le panel de mesures balaye les possibilités de mise en oeuvre d'actions depuis les plus douces (ne rien faire) jusqu'aux plus sévères (éradication).

La conclusion souligne la nécessité d'adapter les mesures aux risques effectifs et potentiels. Un levier d'action important est le nourrissage par le public. Celui-ci est considérable à Bruxelles et joue vraisemblablement un rôle clé dans la démographie des trois espèces.

Profil des invasions d'oiseaux introduits en France et en Europe.

François CHIRON & Israel HUJI

Cette présentation fait état des connaissances actuelles sur les invasions d'oiseaux introduits en France, et plus généralement en Europe. Grâce à la participation d'un ensemble de collaborateurs et de partenaires du programme DAISIE (Delivering Alien Invasive Species Inventories for Europe, www.europe-aliens.org), des informations sur la distribution des espèces introduites, leur impact, leur écologie, leur origine géographique et les vecteurs d'introduction en Europe, ont été récoltées constituant une formidable base de données utiles aux gestionnaires et aux chercheurs.

A ce jour, 193 espèces d'oiseaux ont été introduites dans les 48 pays et régions européens couverts par le programme DAISIE (62 espèces en France). Si ces espèces représentent une faible proportion de toutes les espèces d'animaux et de plantes introduites en Europe (3%), elles représentent néanmoins une part croissante des espèces d'oiseaux nicheurs en Europe. Si aucune action significative n'est engagée pour prévenir de futures introductions, il est évident que le nombre d'espèces continuera d'augmenter en Europe. En effet, une rapide analyse dans le temps montre une croissance régulière sans saturation du nombre d'introductions d'oiseaux.

Les introductions d'oiseaux sont le plus souvent des actions délibérées, motivées par plusieurs raisons comme 'l'amélioration' de l'avifaune ou pour la chasse. Les oiseaux introduits issus de captivité proviennent le plus souvent de zoos et du commerce des animaux de compagnie. Dans quelques cas, la colonisation de nouvelles régions européennes par des espèces introduites se fait naturellement, par dispersion depuis des régions sources où ces espèces furent introduites dans le passé.

Après la phase d'introduction, certaines espèces introduites sont susceptibles d'établir des populations nicheuses. Les distributions d'espèces nicheuses introduites se concentrent dans le sud et l'ouest de l'Europe en comparaison aux pays de l'est et du nord de l'Europe où le nombre d'espèces est réduit. Observée à une large échelle spatiale (50x50 km), la distribution de ces espèces introduites nicheuses est principalement le fait de l'homme, de son activité économique, et de l'histoire politique européenne, en comparaison à d'autres facteurs plus naturels comme les ressources, la présence d'espèces compétitrices ou les facteurs climatiques. En effet, les espèces ayant réussies à se reproduire sont celles qui ont fait l'objet d'introductions multiples au cours du temps ou introduites dans plusieurs localités différentes et indépendamment de leur environnement naturel.

Enfin, l'impact des espèces introduites sur l'environnement humain ou plus naturel peut être dans certains cas significatif mais reste de toute façon largement méconnu chez les oiseaux comme chez beaucoup d'autres groupes.

L'ensemble de ces connaissances fournit des outils de gestion des introductions basées sur une connaissance scientifique actuelle et à une échelle spatiale large européenne afin de mener des actions de gestion concertée et cohérente entre pays.

Impacts potentiels des changements climatiques sur les aires
de distribution hivernale africaines des passereaux migrateurs
trans-sahariens

Frédéric JIGUET, Morgane BARBET-MASSIN, Bruno WALTHER & Wilfried THUILLER

En utilisant les dernières avancées méthodologiques en terme de modélisation de niche climatique (méthodes de consensus) et les derniers scénarios climatiques publiés par le GIEC en 2007, nous avons modélisé l'aire d'hivernage actuelle et future de 64 passereaux migrateurs trans-sahariens, pour évaluer les impacts potentiels des changements climatiques sur ces aires. Pour 41 des 64 espèces, nous prédisons une réduction des aires d'hivernage à l'horizon 2100, avec des déplacements d'aire très structurés spatialement. Les espèces hivernant en Afrique de l'ouest devraient voir leur aire augmenter en s'élargissant vers l'Est, les espèces hivernant en Afrique de l'est ou du sud devraient voir leur aire diminuer et se déplacer vers le pôle. Globalement, d'importants changements en richesse spécifique de ce groupe d'oiseaux migrateurs sont à prévoir notamment de la Tanzanie vers l'Afrique du Sud. Deux espèces voient leurs aires d'hivernage presque totalement disparaître : les Gobemouches à collier et à demi-collier.

Le nouvel Atlas des oiseaux nicheurs de France 2010-2012

Yves MULLER

SEOF/LPO

Thierry MICOL

LPO

Le premier atlas des oiseaux nicheurs de France a été publié en 1976 par la Société Ornithologique de France. Les dernières données disponibles sur les espèces nicheuses de France datent de l'enquête réalisée entre 1985 et 1989 et publiées dans le Nouvel Atlas des Oiseaux nicheurs de France. 1985-1989 (Yeatman-Berthelot D. et Jarry G., 1994. Société Ornithologique de France, Paris, 776 p.).

Or, la répartition des espèces a sensiblement évolué depuis cet atlas et cette méconnaissance nuit à leur préservation. Face à cette lacune, de nombreuses associations se sont lancées dans la réalisation d'atlas départementaux ou régionaux mais ces démarches ne font l'objet d'aucune harmonisation au niveau national, tant au plan méthodologique que de l'analyse.

La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) et la Société d'Etudes Ornithologiques de France (SEOF) ont proposé aux associations ornithologiques de coordonner la réalisation d'un troisième atlas des oiseaux nicheurs de France avec la collaboration scientifique du Muséum national d'Histoire naturelle (Service du Patrimoine Naturel). Un comité de pilotage, réunissant la LPO, la SEOF et le MNHN, a été mis en place afin de définir les principes de ce nouvel atlas et suivre l'avancée du travail.

L'atlas sera qualitatif et concernera tous les oiseaux nicheurs de France métropolitaine avec les 3 critères classiques : oiseau nicheur possible, probable ou certain. Les nombreux suivis quantitatifs ou semi-quantitatifs en cours (STOC-EPS, observatoire rapaces, suivi des espèces rares, études diverses…) fourniront par ailleurs un complément très utile d'informations pour la rédaction des monographies.

Le système de référencement géographique sera celui défini par le Ministère, aux normes internationales, à savoir le RGF93, avec des mailles 10 x 10 km. La période d'enquête retenue est 2010-2012. Mais les associations qui le souhaitent peuvent débuter l'enquête dès 2009. Par ailleurs, les données des atlas régionaux en cours ou qui viennent de se terminer pourront être intégrées à cet atlas en actualisant les espèces remarquables ainsi que la répartition en cas de modification constatée.

La réalisation de cet atlas répondra, pour la partie avifaunistique, aux impératifs d'évaluation de la biodiversité impliqués par les Directives Oiseaux et Habitats, ainsi que la Convention sur la Biodiversité.

Un coordinateur va être recruté en janvier 2009 et sera chargé de la mise en œuvre pratique.

Fidélité des mâles de Bécasse des bois Scolopax rusticola à leur site
de reproduction

Jean-Lou ZIMMERMANN & Blaise MULHAUSER

Muséum d'histoire naturelle, Neuchâtel

Chaque mâle de bécasse des bois possède un chant caractéristique. Toutefois, les différences étant ténues, il est très difficile de se fier à ce qu'entend l'oreille humaine pour individualiser les oiseaux sur une aire de croule. En revanche, si l'on enregistre les émissions vocales des bécasses, il est possible d'identifier chaque mâle par analyse de son sonagramme.

Des enregistrements sont réalisés dans une forêt du Jura neuchâtelois (Suisse) depuis 2002. En 2005, cette étude a été complétée par un suivi télémétrique de trois individus. Depuis, l'un de ces trois individus est revenu chaque année sur son site de reproduction. D'autres mâles adultes ont montré une bonne fidélité à leur zone de parade.

Dispersion des Goélands leucophées nés en Alsace :
résultats de 10 ans de baguage coloré

Christian DRONNEAU

Les jeunes non volants d'une colonie de reproduction alsacienne de Goélands leucophées (Gambsheim, dans le Bas-Rhin) ont été bagués de 1994 à 2004, dans le but de connaître leurs mouvements de dispersion selon les classes d'âge. Ces informations peuvent permettre de mieux connaître la stratégie de colonisation de cette espèce expansive.

Au total, 301 jeunes ont été munis d'une bague aluminium et parmi eux, 180 ont été également munis d'une bague de couleur (rouge avec code alpha-numérique blanc). Durant cette période, 125 ont été recontrôlés entre une et 30 fois chacun (12 oiseaux avec bague alu et 113 avec bague alu + couleur).

Les résultats obtenus montrent que la "dispersion de naissance" n'est pas très prononcée dans cette population, qui ne connaît pas non plus d'épisode ultérieur de forte dispersion. Le rayon de dispersion des jeunes n'est que de 260 km en moyenne, principalement sur un axe N-S (vers l'amont et l'aval du fleuve), avec quelques oiseaux s'éloignant jusqu'à 700 km. Les autres classes d'âge (H1, E1 et suivantes) ont une dispersion assez similaire : en direction du N et du S le long de l'axe du fleuve, sur une distance de 200 à 300 km en fonction de l'âge (max. de 950 km pour quelques E1 et H2). Il est par ailleurs surprenant de constater que le recrutement d'oiseaux nés sur place est très faible : moins de 5 % d'entre eux participent à la reproduction à maturité sexuelle. Les adultes qui ne nichent pas dans leur colonie de naissance se tiennent dans un rayon de 70 km de celle-ci en été et de 180 en hiver. Une très faible proportion d'entre eux a été signalée nicheur (2 ou 3 cas seulement en 10 ans). Ils constituent donc essentiellement une population non nicheuse, comme on le constate sur le Rhin alsacien depuis l'installation de l'espèce en 1977. Force est de constater que pour l'instant, l'importance colonie de Gambsheim (une 50aine de couples) a peu très peu essaimée dans les régions avoisinantes, ceci en dépit d'une production de jeunes assez substantielle (70 à 80/an). Aucun résultat précis n'a été obtenu sur la mortalité, mais il est probable qu'elle soit assez élevée : le nombre d'oiseaux adultes contrôlés en période de reproduction est 3,5 fois plus faible que celui des juvéniles. Il est possible que les ressources alimentaires offertes par un écosystème fluvial continental tel que le Rhin constituent un facteur limitant.

Suivi à long terme d'une population de Gélinotte des bois Bonasa bonasia à l'aide de la bioacoustique

Blaise MULHAUSER & Jean-Lou ZIMMERMANN

Muséum d'histoire naturelle, Neuchâtel

La population de gélinottes des bois Bonasa bonasia du Communal de La Sagne (canton de Neuchâtel, Suisse), pâturage boisé de 200 ha, fait l'objet d'un suivi depuis 2002. La principale méthode utilisée - enregistrement des chants - permet de connaître les déplacements et le destin de chaque coq présent sur le site. Grâce à ce suivi pluriannuel, on connaît le taux de survie des oiseaux. L'établissement d'une pyramide des âges est également possible, montrant dans ce cas-là une population vieillissante qui a du mal à être remplacée par de nouveaux oiseaux.

La recherche des indices, le suivi des nichées et l'observation des comportements des oiseaux permettent de mieux comprendre l'impact des dérangements sur le site (pâture - coupe de bois - événements sportifs - loisirs).

Etudes des mouvements d'oiseaux par radar en France
Analyse des données existantes

Arnaud GOVAERE, Sébastien DEVOS, Cédric ELLEBOODE

(BIOTOPE)

Yann ANDRE

(LPO Mission Eolien et Biodiversité)

L'utilisation du radar pour la détection des oiseaux et le suivi de leurs déplacements a été développée dans plusieurs pays (Pays-Bas, Danemark, Allemagne, Etats-Unis…). En France, cette technique est utilisée depuis 2003, notamment dans le cadre des études préalables à l'installation de parcs éoliens. Près d'une soixantaine de sites ont déjà fait l'objet d'un suivi par radar et ont permis de détecter près de 3 millions d'échos radar au cours de ces cinq dernières années. L'analyse de ces données apporte des informations inédites sur l'importance des flux (notamment nocturnes), les altitudes de vol, l'évolution journalière…

Utilisation de cartes à haute résolution de la distribution des oiseaux nicheurs pour évaluer le réseau Natura 2000 en Wallonie

Jean-Yves PAQUET, Lluis BROTONS, Nicolas TITEUX, Antoine DEROUAUX, Thierry KINET,
Marc FASOL, Christophe DEHEM & Jean-Paul JACOB

En Wallonie, un réseau de 240 sites Natura 2000, résultant de l'application des Directives "Oiseaux" et "Habitats", couvre 13 % du territoire régional, soit 2200 km2. Ces sites ont été désignés en 2001 notamment sur base de l'information ornithologique disponible à l'époque, avec l'objectif de "couvrir" les principales populations des espèces de l'annexe I de la Directive "Oiseaux". Depuis cette étape de délimitation des sites, les ornithologues wallons se sont attelés à la réalisation d'un atlas des oiseaux nicheurs régional, portant sur la période 2001-2007. Un des résultats de cet atlas réside dans la production de cartes de distribution à haute résolution, à partir de données issues de relevés par échantillonnage des oiseaux nicheurs. Nous proposons ici d'utiliser ces cartes de distribution pour vérifier a posteriori la concordance entre la distribution actuelle des espèces visées, dont certaines relativement répandues, et le réseau de sites finalement désignés.

Les cartes de distribution à haute résolution sont réalisées sur base d'une modélisation prédictive de niche écologique, à partir de données de présence seulement. Les données de base résultent d'inventaires de tous les oiseaux nicheurs menés durant 2 x 1 heure, dans un échantillon de carrés de 1 km_ répartis d'une manière homogène en Wallonie. La proportion de carrés inventoriés atteint 16 % de la surface totale. Cet échantillonnage est utilisé pour prédire une "densité relative" de chaque espèce dans tous les carrés de 1km_ de Wallonie (16.844 km_) à partir de l'enveloppe environnementale modélisée sur base des données d'abondances obtenues et d'un ensemble de 24 variables qui reflètent entre autres l'occupation du sol et la structure du paysage.

Après avoir vérifié la pertinence des distributions prédites par les modèles à l'aide des données de terrain, les cartes de densités relatives peuvent être croisées avec les périmètres des sites Natura 2000. Ce croisement permet d'évaluer la proportion de la population wallonne des espèces visées qui est effectivement couverte par le réseau Natura 2000. L'examen visuel des cartes résultant du croisement permet aussi d'identifier des zones de liaisons, parfois ignorées par le réseau, entre sites abritant des populations importantes. Deux exemples concernant des espèces de l'annexe I relativement répandues sont montrés: la Pie-grièche écorcheur Lanius collurio et le Pic mar Dendrocopos medius.

Sélection d'habitats entre le Cochevis de Thékla Galerida theklae
et le Cochevis huppé Galerida cristata en France

Julien GONIN

En France, le Cochevis de Thékla Galerida theklae, se trouve en limite nord de sa répartition mondiale et sa répartition dans notre pays est restreinte aux départements des Pyrénées-Orientales et de l'Aude. L'effectif actuel est estimé à 350 - 400 couples ou mâles chanteurs occupant une surface de proche de 7000 hectares. Le Cochevis huppé Galerida cristata se trouve quant à lui dans la partie ouest de sa répartition mondiale, dans notre pays sa répartition est très largement plus étendue que celle du Thékla. Celui-ci est bien présent dans les plaines méditerranéennes et du sud ouest, le long des côtes atlantique et de la manche, puis localisé ça et là dans les plaines intérieures de la moitié nord. A la fin des années 1990, la population française était estimée aux environs de 10 000 couples. Dans le cadre d'une étude spécifique sur le Cochevis de Thékla, un travail sur les différences de choix et d'utilisation d'habitat à pu être menée en comparaison avec le Cochevis huppé présent en sympatrie où à proximité des noyaux de populations de Thékla. Il en ressort que les Cochevis de Thékla habitent globalement des habitats plus pentus et plus caillouteux / rocheux, alors que les huppé utilisent des habitats plat et où la granulométrie est plus fine (sables et limons). L'utilisation spatio-temporelle des habitats fréquenté par les deux espèces n'est globalement pas la même à l'exception des vignes enclavées où l'on retrouve les deux taxons en syntopie. Les habitats de garrigue sont quasi exclusivement utilisés par le Thékla alors que le huppé utilise quasi exclusivement les milieux où l'homme a une certaine influence ou se situant davantage sur le littoral. En hiver une majorité des Cochevis de Thékla laissent leurs habitats de reproduction (garrigue) au profit de milieux présents à proximité et plus anthropisés (friches et vignes enclavées), probablement plus productif au niveau alimentaire à cette période de l'année. Ces différences constatées pourraient en partie expliquer la répartition actuelle du Cochevis de Thékla et appuyer les problèmes de conservation constatés à moyen terme.

Effet de la matrice du paysage sur les communautés d'oiseaux forestières de la Subéraie de Mamora, Maroc

I. CHERKAOUI

Ecole Forestière d'Ingénieurs, WWF, Salé, Maroc

V.DEVICTOR & F. JIGUET

Centre de Recherche sur la Biologie des Populations d'Oiseaux, MNHN, Paris, France

M. DAKKI

Centre d'Etude des Migrations d'Oiseaux, Institut Scientifique, Rabat, Maroc

H. RGUIBI IDRISSI

Univ. Chouaib Doukkali, Fac. des Sciences, Lab “Valorisation des ressources Naturelles et Biodiversité“, El Jadida, Maroc

Correspondance de l'auteur : imad_cherkaoui@yahoo.fr

Nous avons examiné les effets de la connectivité des fragments du chêne-liège avec les plantations d'Eucalyptus et d'Acacia ainsi que l'influence de la distance entre les fragments de la subéraie de Mamora sur les communautés d'oiseaux forestiers.

Pour se faire, un échantillonnage systématique des habitats et des communautés d'oiseaux a été réalisé dans un ensemble de 44 fragments de chêne-liège pur. Nous avons estimé qu'un suivi à long terme des manifestations auditives et visuelles des oiseaux en utilisant des points d'écoute, peut fournir des données utiles quant à la quantification de l'utilisation relative des corridors biologiques par les communautés d'oiseaux de la forêt étudiée.

L'approche en mosaïque considère les fragments comme partie intégrante d'un paysage complexe composé de tâches d'habitat (=patchs) de qualité variable.

La Subéraie de Mamora s'étend actuellement sur environ 60.000 ha, très fragmentée, elle est intégrée dans une matrice de plantations exotiques faisant une superficie totale de 130.000, on l'appellera alors forêt (subéraie + plantations) de Mamora. Nous avons calculé les indices de similarité: Sorensen (Is) et Jaccard (IJ) en utilisant le programme COMDYN pour les différentes communautés d'oiseaux en fonction de leur phénologie de la migration et de leurs sensibilités vis-à-vis de la forêt en tant qu'habitat. Les deux indices ainsi que le terme d'auto corrélation connu comme Autocor a servi pour calculer l'effet de la distance sur des groupements d'oiseaux. Alors que le recrutement des oiseaux forestiers au sein des différents fragments de chêne-liège a été étudié en fonction du type de la matrice en utilisant des tests ANOVA.

Les résultats indiquent qu'il n'y a pas d'effet significatif de la distance sur les différents groupements d'oiseaux étudiés alors que la composition du paysage de la matrice avait un effet très significatif sur la distribution des oiseaux. Nous avons conclu que le type de végétation à proximité des fragments de la subéraie avait un effet significatif sur la composition de leurs peuplements aviens. Cela permettrait de réduire temporairement les effets de la fragmentation.

Mots clés: Communautés d'oiseaux, fragmentation de l'habitat, paysage de la matrice, subéraie, plantations exotiques, corridors biologiques.

Enjeux de conservation de l'Hirondelle rustique en halte migratoire.

Timothée SCHWARTZ, Lydie BROUCKAERT & François TRON

De 2003 à 2008, un dortoir d'Hirondelle rustique (Hirundo rustica) de taille exceptionnelle a été suivi au sein des Anciens marais des Baux-de-Provence sur une roselière inondée d'une quinzaine d'hectares. Le pic de migration se situe généralement entre le 5 et le 15 septembre, avec 100 000 à 300 000 oiseaux en moyenne.

Des investigations préliminaires par télémétrie révèlent un temps de séjour très court, ce qui renforce considérablement l'importance numérique totale du site.

Plusieurs grands rassemblements d'hirondelles rustiques ont été recensés en France et autour de la mer méditerranée, avec parfois quelques centaines de milliers d'oiseaux. Le faible nombre de ces grands dortoirs et leur irrégularité laisse supposer que leurs conditions d'accueil de ces sites ne sont pas suffisantes pour assurer la bonne conservation de l'espèce en halte migratoire.

Le baguage de près de 5000 oiseaux révèle une intense activité de recharge énergétique (refueling), très influencée par les conditions météorologiques. Une étude sur la sélection des habitats d'alimentation met en évidence l'importance des vergers de fruitiers basse-tige, des prairies de foin et des haies. La très faible densité des hirondelles en Camargue interroge sur la gestion du delta.

En tant qu'espèce populaire, l'Hirondelle pourrait être utilisée comme un outil d'interpellation et de sensibilisation aux enjeux de conservation des milieux agricoles et des zones humides.

Variation de la masse corporelle et la durée de séjour de quelques passereaux durant la migration printanière dans les oasis de Tafilalt
et Figuig (Maroc)

Hamid RGUIBI IDRISSI

Univ. Chouaib Doukkali, Fac. des Sciences, Lab “Valorisation des ressources Naturelles et Biodiversité“, El Jadida, Maroc

Gabriel GARGALLO

Institut d'Ornithologie de Catalane, Barcelone, Espagne

Chaque année, des millions d'oiseaux appartenant à environ 200 espèces quittent leurs patries de reproduction européennes pour rejoindre les quartiers d'hivernage en Afrique tropicale. Le Maroc constitue une étape majeure sur la route migratoire des populations de passereaux vers leurs quartiers d'hivernage tropicaux. Ces migrateurs trans-sahariens trouvent lors de leur trajet des zones très hospitalières leur offrant les ressources écologiques nécessaires au cours de leurs haltes.

Cependant, les études de l'écologie des passereaux au sud du Maroc restent encore sectionelles et irrégulières. Nous avons analysés les données de deux compagnes de baguage dans deux osais marocaines : Figuig et Tafilalt durant les printemps 2005, 2006 et 2008.

La phénologie de la migration varie entre les espèces et les sites. La masse corporelle et l'adiposité des premiers migrateurs sont plus importantes pour quelques espèces ; indiquant que ces oiseaux font régulièrement des escales pendant leur migration du nord. La durée de séjour est plus longue pour les oiseux plus légers, avec des gains nettes de masse au cours de leur stationnement. Nos données suggèrent que les oasis servent de zones de transit importantes pour les migrateurs où ils semblent gagner beaucoup de leur énergie pour leur prochaine migration trans-saharienne.

Evolution des populations de hérons arboricoles en France

Résultats du 9e Recensement National des héronnières (Héron cendré, Héron pourpré, Héron bihoreau,
Héron crabier, Héron garde-bœufs, Aigrette garzette, Grande aigrette)

Loïc MARION

Le 9e Recensement National des colonies de Hérons arboricoles de France (7 espèces) a eu lieu au printemps 2007 grâce à un réseau réunissant près de 500 recenseurs appartenant à 70 organismes, coordonné par Loïc Marion.

L'effectif total atteint 59 500 nids répartis dans environ 1200 colonies-espèces. Le Héron cendré est l'espèce la plus nombreuse (30 200 nids dans 817 colonies), mais marque une stabilisation des effectifs depuis le dernier recensement de 2000. Le Héron pourpré se redresse (+30% avec 2200 nids). A l'inverse le Héron bihoreau baisse nettement (-29%) avec 3215 nids. Bien que lui aussi migrateur, le Héron crabier poursuit sa progression (hausse de 14%) tout en restant à un niveau très faible avec 315 nids, essentiellement sur la côte méditerranéenne, mais consolide sa position sur la côte Atlantique où il est devenu régulier. A la faveur de l'absence de vagues de froid prolongées le long des côtes depuis 1987, le Héron garde-bœufs, qui profite de l'hivernage en France, poursuit sa forte progression (hausse de 66%) avec 12067 nids, en continuant son expansion sur la façade atlantique et en faisant désormais jeu égal avec l'Aigrette garzette. Celle-ci stoppe par contre sa forte progression enregistrée entre 1994 et 2000 en ne totalisant que 12 368 nids (baisse de 1,7%), conservant de justesse son rang de seconde espèce la plus abondante de France. Enfin, la Grande aigrette, apparue en France en 1994, triple ses effectifs avec 111 couples (+208%), essentiellement cantonnés sur le lac de Grand-Lieu.

Globalement, les effets de la protection accordée aux hérons en 1974 pour les dernières espèces se font désormais moins sentir sur l'évolution des populations, avec une saturation progressive des capacités d'accueil (Héron cendré, Aigrette garzette). Les espèces hivernant en Afrique semblent y subir moins de pertes qu'auparavant (fin de la sécheresse des années 1970-90), à l'image de ce qui se passe chez le Blongios nain. Le Héron garde-bœufs semble profiter de son hivernage en France, comme l'avait fait auparavant l'Aigrette garzette. Reste le déclin du Héron bihoreau, en partie mal recensé (espèce discrète, pas toujours associée aux autres espèces, et assez peu fidèle à l'emplacement de ses colonies), mais dont la faible répartition géographique rend préoccupante l'évolution négative de ses effectifs, sans que l'on discerne une cause possible à cette situation.

Les chiffres cités dans ce résumé sont susceptibles de changer d'ici la fin du dépouillement de ce recensement national prévu en novembre 2008.

Les récents changements dans le statut phénologique au Maroc
de quelques oiseaux d'eau et paludicoles

Abdeljebbar QNINBA & Mohammed Aziz EL AGBANI

Institut Scientifique, Agdal, Rabat, Maroc

Les zones humides marocaines avaient subi, au cours de la deuxième moitié du XXième siècle, une perte importante en biodiversité à cause notamment des programmes de drainage dans le cadre de la mise en valeur agricole mais aussi suite à la succession de plusieurs périodes de sécheresse. C'est ainsi que beaucoup d'espèces d'oiseaux d'eau ont connu une régression nette au point que certaines d'entre-elles ont disparu comme reproductrices (Flamant rose, Canard pilet, Erismature à tête blanche…) ou sont devenues très rares et très localisées à travers le pays (Ibis falcinelle, Fuligule nyroca…). Remarquons, cependant, que quelques sites dans le Nord-Ouest du pays ont conservé d'importantes potentialités écologiques en dépit d'une pression anthropique de plus en plus croissante (cas par exemple du complexe de zones humides du Bas Loukkos). Par ailleurs, plusieurs lacs de barrages nouvellement construits ont joué un rôle important dans le maintien d'un certain nombre de populations d'oiseaux d'eau compensant ainsi les pertes subies par la disparition ou la transformation des zones humides naturelles.

Le suivi ornithologique d'un certain nombre de zones humides dans le Nord du Maroc, assuré depuis quelques décennies, a mis en évidence une évolution remarquable dans le statut phénologique de quelques oiseaux d'eau et paludicoles au Maroc. Certaines espèces qui n'étaient que migratrices strictes à travers le pays (Phragmite des joncs Acrocephalus schoenobaenus…) ont commencé à laisser quelques hivernants sur place. D'autres espèces habituellement hivernantes ou migratrices (Mouette rieuse Larus ridibundus, Guifette noire Chlidonias niger…) se sont installées comme nicheuses localement. Certaines espèces, jusqu'à récemment considérées comme accidentelles ou d'occurrence irrégulière au Maroc (Grande Aigrette Casmerodius albus…), sont devenues hivernantes et migratrices régulière.

Un certain nombre d'autres espèces qui nichaient de manière irrégulière avec de très faibles effectifs (Nette rousse Netta rufina) le font actuellement régulièrement et avec des effectifs substantiels.

Si pour quelques espèces (Grande Aigrette, Phragmite des joncs), les causes de ces changements de statuts phénologiques peuvent être reliées à des changements d'aires de distribution (de reproduction ou d'hivernage de ces oiseaux) eux-mêmes en relation probable avec les variations climatiques, l'origine de ces changements pour d'autres espèces (Nette rousse, Mouette rieuse, Guifette noire) est à rechercher dans l'amélioration des conditions écologiques locales, en particulier celles relatives à la reproduction des oiseaux considérés, qu'ont connu durant ces dernières décennies certaines zones humides marocaines.

Migration postnuptiale à Gometz-le-Châtel (Essonne) :
que peut-on apprendre du suivi d'un site secondaire ?

David LALOI

Gometz-le-Châtel, au nord du département de l'Essonne, paraît bien loin des grands couloirs de migration et des sites faisant l'objet d'un suivi médiatisé.

Pourtant, en 1994, la découverte d'un relief favorable, sur les coteaux de la vallée de l'Yvette, a été à l'origine d'un suivi régulier de la migration postnuptiale. La période de suivi s'étale de début septembre à mi-novembre. Si quelques grandes espèces (rapaces, Oie cendrée, Grand Cormoran, etc.) sont régulièrement observées, l'essentiel du passage concerne, sans surprise au cœur du bassin parisien, les passereaux : fringilles, alouettes, pipits et bergeronnettes, grives, hirondelles.

Que peut-on apprendre du suivi d'un site que l'on peut, très justement, qualifier de secondaire ? Le premier résultat est évidemment de renseigner la migration, quantitativement et qualitativement, dans une zone qui n'était a priori pas réputée pour cela. Au-delà, l'analyse des données permet de dessiner des tendances, notamment dans les variations des dates de passage, qu'il est possible de comparer avec celles mesurées ailleurs.

Des exemples sont présentés pour quelques espèces parmi les migrateurs fréquents à Gometz-le-Châtel : Pipit farlouse, Alouette des champs et Alouette lulu, Pinson des arbres, etc. Si l'attrait et l'importance du phénomène migratoire ne peuvent évidemment pas être comparés à ceux des « hot spots » de migration, les résultats montrent qu'il est tout à fait possible de tirer des informations, en particulier pour les espèces migrant sur un large front, du suivi d'un tel site.