L'Echasse blanche, Himantopus himantopus. Famille des Recurvirostridae.
C’est l’été ! Plusieurs milliers de vacanciers se rendent tous les jours sur les plages. Certains d’entre eux ont bien repéré ces petits oiseaux nerveux, hauts sur pattes, qui courent devant les vagues à marée montante. Ce sont de petits échassiers que l’on a pris l’habitude de réunir sous le nom de limicoles : limus (limon) et colo (habiter). Les limicoles comptent quelque 122 espèces et 14 familles réparties au sein de l’ordre des Charadriiformes.
Mais les limicoles, qui sont souvent associés à l’eau et qui se reproduisent au sol, ne se rencontrent pas que sur nos plages. Dans les marais, derrière le cordon dunaire, un limicole au plumage noir et blanc cherche sa nourriture dans des eaux plus profondes en développant élégamment ses interminables pattes roses rougeâtres. L’Echasse blanche sonde la vase au fond du marais de son long bec noir, fin et sensible pour y trouver de petits mollusques, des vers et des crustacés. De temps à autre, à l’instar de l’Avocette élégante, elle filtre l’eau grâce à son long bec, mais sans le mouvement latéral de la tête. L’Echasse blanche picore aussi les insectes à la surface de l’eau ou dans la végétation au bord du marais. C’est rare mais, à l’occasion, elle peut aussi se déplacer en nageant.
Elle fait partie de la petite famille des Recurvirostridés (littéralement des becs recourbés) qui regroupe dix espèces dans le monde de grands limicoles noir et blanc aisément reconnaissables : 6 espèces d’échasses et 4 espèces d’avocettes.
Mâle adulte à tête et nuque blanches
Photo © F. Lelievre / corif
L’Echasse n’est pas si blanche. Ce n’est que la couleur de son dos et des parties inférieures. Un synonyme du nom français l’habille d’ailleurs d’un manteau noir (syn. Echasse à manteau noir) car chez le mâle, les ailes sont noires, mais la tête et la nuque peuvent être aussi bien noires que blanches. En anglais, l’Echasse blanche devient "l’échasse à ailes noires" (Black-winged stilt) et l’espagnol insiste aussi en lui donnant le joli nom de "petite cigogne" (Cigüeñuela).
Mâle adulte à tête et nuque noires
Photo © JJ. Boujot / Corif
La femelle est très semblable au mâle, mais ses ailes sont plus brunes que noires. Les couleurs de la tête, de l’arrière du cou et de la nuque sont elles aussi variables allant du blanc au gris-brun.
Femelle adulte
Photo © A. Bloquet / Corif
Les jeunes ont les pattes d’un rose plus pâle que les adultes. Les plumes des ailes sont brunâtres avec des liserés plus clairs. La tête et l’arrière du cou sont plus ou moins marqués de gris-brun pâle.
La silhouette de l’oiseau en vol est étonnamment gracile. Derrière, les très longs tarses dépassent de la queue de toute leur longueur. Devant, le long bec fin pointe dans le prolongement du cou. Le croupion blanc forme une pointe en remontant sur le dos. La queue grisâtre est visible en vol.
Photo © J.-J. Boujot / Corif
En Europe, on peut qualifier l’espèce de méditerranéenne. Elle niche essentiellement autour le la Méditerranée et de la mer Noire, mais en France on la trouve aussi dans les marais salants ou saumâtres de nos littoraux de la mer du nord à la Méditerranée. Là, elle niche en petites colonies, mais l’échasse utilise une grande variété de zones humides. On la retrouve aussi sur les marais et les queues des lacs continentaux proposant des zones de vasières, les rizières, les lagunes et même sur les bassins de décantation. C’est le cas en Ile-de-France où elle niche occasionnellement sur les stations d’épuration ou les sablières en eau.
La période de reproduction s’étale d’avril à août. Un vol nuptial marque la parade. L’oiseau s’élève rapidement jusqu’à une dizaine de mètres de hauteur, puis effectue un vol stationnaire papillonnant avant de redescendre en parachute avec les ailes déployées. Le nid est bâti à l'aide de brindilles dans la végétation au bord de l’eau. Elle y pond 4 æufs qui seront incubés de 22 à 25 jours. Les jeunes sont nidifuges et seront élevés pendant un mois.
Les Echasses blanches sont de grandes migratrices. La plupart sont transsahariennes. Pour les observer d’octobre à mars, il faudra visiter les zones humides de tout le sud du continent africain sous une ligne allant du sud de la Mauritanie à Djibouti. La population française, estimée à 2000 couples, hiverne en zone sahélienne de la Mauritanie au Tchad.
Réserve communautaire de Palmarin / Siné Saloum (Sénégal)
Photo © J.-F. Magne / corif
L’Echasse blanche apparaît sur la liste rouge nationale comme "espèce à surveiller". Sa conservation est liée à des problèmes touchant ses sites de nidification et ses zones d’hivernage. En Europe, la destruction des marais pour laisser la place à une urbanisation outrancière sur le littoral représente la principale menace. Plus généralement, la dégradation des zones humides par les pollutions diverses impacte fortement aussi l’espèce.
Mais nos compatriotes ultramarins et les bienheureux vacanciers qui arpenteront les plages des Iles des Petites Antilles ne seront pas en reste. Ils pourront eux aussi observer des échasses. Le continent américain accueille une espèce proche : l’Echasse d’Amérique (Himantopus mexicanus). Les deux espèces se ressemblent beaucoup, mais aucun risque de confusion n’est permis : aucune des 2 espèces n’a encore été observée dans l’aire de répartition de l’autre.
Echasse d’Amérique (Himantopus mexicanus)
Grande saline / Saint-François (Guadeloupe)
Photo © J.-F. Magne / corif
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