Le Moineau Friquet, Passer montanus. Classe des Oiseaux, Ordre des passériformes, Famille des Passeridés.
Le Moineau friquet est la seconde espèce de moineau qu'un francilien peut rencontrer
lors de ses balades naturalistes.
Difficile à différencier de son cousin le Moineau
domestique, il s'en distingue néanmoins par sa calotte et sa nuque brun chocolat, et
non grises, ainsi que par ses petites taches auriculaires noires sur ses joues blanches.
Ne cherchez pas à en savoir plus sur sa situation sociale puisque quel que soit son
âge ou son sexe, les individus arborent le même plumage.
Pour l'identifier, son comportement peut également vous mettre sur la piste.
En effet, il est très remuant, tout du moins bien plus que le Moineau domestique.
D'ailleurs friquet en vieux latin signifie vif, éveillé (LIVORY).
Il existerait
deux origines au nom de Moineau : la première proviendrait de la couleur de son
plumage rappelant la robe de bure des moines ; la seconde, plus complexe mais aussi
plus probable serait issue de moisnel, diminutif de moissonel, lui-même dérivé de
moisson qui proviendrait du latin musca signifiant mouche (pour faire simple !).
En effet, son comportement turbulant autour des maisons et des bovins rappelle celui
des essaims d'insectes harcelant le bétail.
Quant au nom scientifique, Passer montanus,
il peut se traduire par « Moineau des montagnes », c'est-à-dire là où on ne le trouve
pas, puisque qu'au-delà de 1000m, notre moineau se fait plus rare.
Ainsi, l'étymologie
semble encore conserver quelques secrets.
Il est également possible de l'identifier en tendant l'oreille. Ses cris ressemblent beaucoup à ceux du Moineau domestique, cependant ils sont plus forts et plus mélodieux. Et, contrairement au domestique, le friquet chante de petites phrases rudimentaires rappelant les vocalises du Bruant des roseaux (GÉROUDET).
Photo © D. Robert / Corif
Comme le Moineau domestique, le friquet est originaire des steppes. Ils ont tous deux profité de l'expansion de l'homme pour étendre leurs aires de répartition.
Aujourd'hui, notre fringuant moineau possède une large répartition géographique
allant des Îles Britaniques au Japon, où il a cependant été introduit à de nombreux
endroits.
En France, il se rencontre sur l'ensemble du territoire, mais de façon
discontinue, et jamais de façon très abondante (YEATMAN-BERTHELOT & JARRY).
En Île-
de-France, LE MARECHAL & LESAFFRE l'indique présent sur l'ensemble de la région.
Contrairement à son cousin le Moineau domestique, responsable des ambiances si caractéristiques des zones urbanisées, allant des fermes aux bosquets des plus grandes agglomérations, le Moineau friquet est un rural. Il fréquente les lisières de bois, les parcs et vergers et plus particulièrement les vieux arbres écorchés riches en cavités. En Île-de-France, on le retrouve aux abords des zones urbaines, dans lesquelles il s'aventure que très rarement.
Photo © D. Robert / Corif
Comme nous l'avons vu, contrairement au Moineau domestique qui possède un fort
dimorphisme sexuel, les Moineaux friquet mâle et femelle se parent d'un plumage
identique. Les conditions d'appariement sont donc probablement différentes entre
ces deux espèces.
La formation du couple chez le friquet semble s'établir progressivement
et simplement sur les dortoirs (GÉROUDET). En effet, pour passer les nuits fraiches
d'automne et d'hiver, les friquets se regroupent en petit nombre (2 à 5) au sein de
cavités d'un arbre ou d'un mur. La fidélité au dortoir permet aux oiseaux de se
familiariser les uns avec les autres. Ainsi, quand arrive le printemps, les couples
se formeraient naturellement, selon cette cohabitation. Puis, la cavité utilisée
comme dortoir en hiver deviendrait le nid du couple l'ayant occupé.
En mars ou avril, les oiseaux s'attellent à la construction du nid, où ils ne passent
plus leurs nuits. Il n'est pas rare qu'un couple choisisse de s'installer au sein
des aires de Milans, de Buses ou de Hérons.
La ponte a lieu en général vers la
mi-avril, et comporte en moyenne de 4 à 6 œufs blancs couverts de taches brunes.
L'incubation dure 11 ou 12 jours. Les deux parents vont alors nourrir activement
les jeunes jusqu'à ce que ceux-ci quittent le nid deux semaines après leur éclosion.
Malgré tous ces soins, la mortalité des jeunes est relativement élevée. Cependant,
elle est compensée par une seconde reproduction ayant lieu sur le même nid, préalablement
réaménagé.
Les couples vont parfois jusqu'à tenter de réaliser une troisième couvée.
Les jeunes sortent alors du nid vers la mi-août.
À la suite de la saison de reproduction, les jeunes et les adultes se regroupent en
bande plus ou moins dense pour arpenter les campagnes. Ils se retrouvent parfois
en association avec des verdiers, bruants ou pinsons.
Les jeunes plus ératiques
iront jusqu'à s'installer à des kilomètres de leur lieu de naissance.
Ceci à pour
conséquence d'augmenter les flux génétiques entre populations et donc de limiter
la consanguinité au sein des différents groupes.
Les adultes, fidèles à leur lieu
de reproduction, retourneront occuper leur cavité nuptiale à l'abri du froid et de
la pluie pour y passer l'hiver.
Le friquet possède dans les grandes lignes le même régime alimentaire que le Moineau domestique. Cependant il consomme moins de céréale, et davantage d'insectes ou de graines de plantes sauvages souvent catégorisées comme "mauvaises herbes".
Photo © D. Robert / Corif
Les résultats du programme national du Suivi Temporel des Oiseaux Communs par
Echantillonages Ponctuels Simples (STOC-EPS) mené par le Centre de Recherches par
le Baguage des Populations d'Oiseaux (C.R.B.P.O.) indiquent une forte diminution
des effectifs de Moineau friquet depuis 1989 (-33%). Cependant ce déclin alarmant
semble s'effacer pour laisser apparaître une relative stabilité des populations
depuis 2001.
En Île-de-France, les données de l'Observatoire Régional des Oiseaux
Communs (OROC) montre un déclin d'environ 16% entre 2004 et 2008 sur la région.
Ces tendances ne sont pas exclusives à la France, puisqu'ailleurs en Europe (Grande-Bretagne
et Allemagne), des évolutions comparables sont observées.
Ces évolutions négatives renforcent l'inscription du friquet à l'article 1 de l'arrêté
du 17 avril 1981 qui lui confère une protection totale en France.
Il apparaît
également sur l'annexe III de la Convention de Berne qui liste les espèces protégées
dont l'exploitation est réglementée.
Les causes du déclin observé chez le Moineau friquet sont encore mal connues. Cependant
plusieurs hypothèses peuvent être émisent :
L'augmentation de l'utilisation des herbicides et insecticides serait responsable de la diminution des ressources alimentaires du friquet (insectes, graines, "mauvaises herbes" ) ;
Les politiques d'aménagement des paysages agricoles de ces dernières années auraient provoqué une raréfaction des cavités utilisées pour la reproduction (disparition des haies, élimination des arbres morts, diminution des vergers traditionnels ) ;
Les poteaux téléphoniques ouverts en métal sont des pièges mortels pour l'avifaune. En Seine-et-Marne, une étude (1992) révèle que 8% des victimes sont des Moineaux friquets. Néanmoins, les poteaux nouvellement fabriqués sont inoffensifs car ils sont maintenant obturés en usine.
Evidemment, la mise en place de politiques agricoles moins intensives favorisant
le développement des "mauvaises herbes" et des insectes, sources principales
d'alimentation de notre moineau, lui offrirait un habitat plus accueillant.
Mais,
à plus petite echelle, chacun peut exclure de ses habitudes l'utilisation d'insecticides
ou d'herbicides dans nos jardins. Il est également possible de lui offrir de nouvelles
cavités de reproduction en installant des nichoirs. Encore faut-il que l'environnement
lui convienne.
Si ce n'est pas le cas, votre nichoir pourra toujours accueillir
d'autres espèces, en commençant par son plus proche cousin, qui nous a accompagné
tout au long de cette description, le Moineau domestique.
LE MARECHAL P., LESAFFRE G. (2000). Les Oiseaux d'Île-de-France. L'avifaune de Paris et de sa région. Delachaux et Niestlé. Paris. 343 p.
GEROUDET P. (1980). Les Passereaux III : des pouillots aux moineaux. Delachaux et Niestlé. Paris. Neuchâtel. 287 p.
LIVORY A. (1985). Essai sur les noms français des oiseaux d'Europe et sur leur étymologie. Groupe Ornithologique Normand, Université de Caen. 330 p.
YEATMAN-BERTHELOT D., JARRY G. (1995). Nouvel Atlas des Oiseaux nicheurs de France 1985-1989. Société Ornithologique de France. Paris. 774 p.